Elle s’appelle Claire.
Ce n’est pas son vrai prénom, mais cela pourrait l’être.
Claire parle.
Elle s’exprime au travail, échange avec ses collègues, participe aux réunions. Elle n’est pas silencieuse, ni effacée. Pourtant, il lui arrive souvent de ressortir avec une sensation difficile à nommer : celle d’avoir pris la parole, sans que celle-ci ait réellement trouvé sa place. Comme si ses mots s’étaient dissous dans l’air, sans laisser de trace durable.
Elle observe autour d’elle. Certaines personnes parlent beaucoup, parfois sans dire grand-chose, et pourtant on les écoute. D’autres, plus mesurées, voient leurs idées reprises, reformulées, parfois attribuées à quelqu’un d’autre. Ce décalage interroge. Si parler ne suffit pas, alors qu’est-ce qui fait la différence ?
→ Parler n’est pas encore s’exprimer
Apprendre à parler est souvent présenté comme une question de confiance. Mais la réalité est plus subtile. Beaucoup de femmes savent parler. Elles ont les mots, les idées, la capacité de formuler une pensée claire. Ce qui manque, parfois, ce n’est pas la parole elle-même, mais la manière dont elle s’inscrit dans l’espace.
Claire s’en rend compte peu à peu. Elle parle vite, parfois trop. Elle nuance beaucoup, ajoute des précautions, anticipe les objections avant même qu’elles n’existent. Elle ne s’en apercevait pas, mais sa parole s’excusait presque d’exister. Non par manque de légitimité, mais par habitude de rester ajustée, polie, respectueuse.
→ Apprendre à parler, vraiment
Un jour, Claire décide d’observer autrement. Pas pour devenir plus brillante, ni plus convaincante, mais pour comprendre. Elle remarque que les paroles qui marquent sont souvent simples, posées, assumées. Elles ne cherchent pas à convaincre immédiatement. Elles existent, pleinement.
Elle commence alors un apprentissage discret. Elle ralentit. Elle laisse une phrase se terminer sans la rattraper. Elle accepte le silence qui suit. Elle apprend que parler, ce n’est pas remplir un espace, mais l’habiter. Peu à peu, sa parole gagne en densité. Non parce qu’elle en fait plus, mais parce qu’elle s’y tient.
→ La présence change tout
Claire découvre aussi que la voix ne se limite pas aux mots. La posture, le regard, la façon d’entrer dans une pièce, de s’asseoir, de respirer avant de parler, tout participe au message. La présence précède souvent la parole. Et quand elle est là, la voix trouve plus facilement sa place.
Ce n’est pas une transformation spectaculaire. Personne ne la félicite ouvertement. Mais quelque chose change. On l’écoute davantage. On lui laisse terminer ses phrases. Ses idées sont reprises telles quelles. Elle comprend alors que l’assurance n’est pas un trait de caractère, mais une construction progressive.
→ Être entendue autrement
Apprendre à parler, ce n’est pas apprendre à s’imposer.
C’est apprendre à se tenir. À rester droite dans sa parole, même quand elle tremble un peu. À accepter que la voix ne soit pas parfaite, mais sincère. À comprendre que l’élégance ne réside pas dans le silence, mais dans la justesse.
Quand parler ne suffit plus, il reste la présence.
Et cette présence-là s’apprend, elle aussi — lentement, consciemment, à son rythme.
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👉 Et vous, dans quelles situations avez-vous le sentiment de parler… sans être vraiment entendue ?

