On parle beaucoup d’authenticité, de confiance en soi et de présence. On parle moins d’une chose pourtant essentielle : la manière dont nous mettons notre pensée en mots.
Sur les réseaux sociaux comme dans les conversations quotidiennes, notre façon de communiquer a changé. Nous écrivons plus vite, nous réagissons davantage, nous raccourcissons nos phrases et nous utilisons souvent les mêmes expressions pour tout dire.
Ce n’est pas nécessairement un problème de « mauvais français ».
C’est plus intéressant que cela : que devient notre pensée lorsque notre langage devient moins précis ?
→ Quand parler consiste surtout à réagir
Les réseaux sociaux ont profondément modifié notre rapport à la parole.
Nous sommes encouragés à répondre vite, à prendre position, à provoquer une réaction. Une idée doit tenir en quelques secondes, une phrase doit être immédiatement compréhensible, un commentaire doit parfois être plus fort que celui qui le précède.
Dans cet environnement, la nuance devient difficile.
On simplifie. On exagère. On utilise un même mot pour désigner des situations très différentes. Tout devient « incroyable », « toxique », « lunaire », « grave » ou « abusé ».
À force de vouloir être immédiatement compris, on finit parfois par moins bien exprimer ce que l’on pense réellement.
→ Être authentique ne signifie pas tout dire n’importe comment
L’une des évolutions les plus intéressantes de ces dernières années est la valorisation de l’authenticité.
Il faut être soi-même. Ne pas jouer un rôle. Dire ce que l’on pense.
Très bien.
Mais être authentique ne signifie pas être brutal.
Être directe ne signifie pas être agressive.
Être spontanée ne signifie pas parler sans réfléchir.
Et choisir ses mots ne signifie pas manquer de sincérité.
Au contraire : prendre le temps de formuler ce que l’on pense peut être une forme d’honnêteté.
On peut être ferme sans être cassante.
On peut être ambitieuse sans écraser.
On peut être en désaccord sans humilier.
La qualité d’une parole ne dépend pas uniquement de ce que l’on dit, mais aussi de la manière dont on choisit de le dire.
→ Notre vocabulaire influence notre pensée
Le langage n’est pas seulement un outil pour communiquer avec les autres.
Il nous sert aussi à penser.
Plus notre vocabulaire est précis, plus nous pouvons distinguer les nuances d’une situation.
Une personne peut être déçue sans être trahie. Une situation peut être difficile sans être catastrophique. Un désaccord peut être important sans être toxique.
Ces distinctions paraissent anodines. Elles ne le sont pas.
Lorsque tout devient extrême, nous perdons progressivement la capacité à nommer précisément ce que nous vivons.
Et lorsque nous ne savons plus précisément ce que nous pensons ou ressentons, il devient aussi plus difficile de prendre de bonnes décisions.
→ Bien s’exprimer change aussi la manière dont on est perçue
Il y a une autre raison de prendre notre manière de parler au sérieux.
Notre parole participe à notre présence.
Dans une réunion, un entretien, une négociation, une prise de parole ou une conversation importante, savoir formuler une idée clairement peut changer la manière dont elle est reçue.
Pas parce qu’il faudrait adopter un langage sophistiqué pour paraître intelligente.
Mais parce que la clarté donne du poids à la pensée.
Une personne qui sait ce qu’elle veut dire, qui va au bout de ses phrases, qui sait argumenter et qui choisit ses mots avec précision donne davantage à comprendre de ce qu’elle pense.
Et cette capacité se travaille.
→ Reprendre possession de sa parole
Il n’est pas nécessaire de parler comme dans un autre siècle.
Il ne s’agit pas non plus de supprimer toute spontanéité ou tout langage familier.
Il s’agit simplement de retrouver une certaine maîtrise.
Lire davantage.
Écouter des personnes qui s’expriment bien.
Enrichir son vocabulaire.
Prendre quelques secondes avant de répondre.
Terminer ses phrases.
Apprendre à argumenter.
Écouter réellement avant de parler.
Et surtout, se demander régulièrement :
Est-ce bien ce que je voulais dire ?
Cette question paraît simple. Elle oblige pourtant à ralentir et à penser.
→ La parole fait partie de ce que nous construisons
Nous parlons souvent de confiance, d’ambition, de carrière, de projets ou d’accomplissement comme s’il s’agissait de domaines séparés.
Ils ne le sont pas.
La manière dont nous pensons influence nos décisions. Nos décisions influencent nos actions. Et notre manière de nous exprimer influence la façon dont nous entrons en relation avec les autres et dont nous défendons nos idées.
Bien parler ne fera pas votre réussite à votre place.
Mais savoir penser clairement, formuler une idée, défendre un point de vue et communiquer avec justesse fait partie des compétences qui permettent de construire ce que l’on veut.
La parole n’est donc pas une question de paraître.
C’est une question de maîtrise.
Et parfois, apprendre à mieux parler commence simplement par apprendre à mieux penser.
— lady Vox

