Après un lancement, l’excitation retombe.

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Il y a un moment dans un projet qui fait moins rêver que les autres : celui où tout est construit et où il faut maintenant le faire vivre. C’est la phase dans laquelle j’entre avec Lady Vox. J’ai remarqué que beaucoup de femmes racontent ce même moment, quand l’euphorie du lancement est passée et qu’il faut faire connaître ce qu’on a créé. Et j’ai envie de comprendre pourquoi cette phase est plus difficile à aborder que le début, pour mieux la traverser.

Ces derniers mois, j’ai beaucoup réfléchi à Lady Vox. Le positionnement a évolué, le site existe, j’ai repensé la ligne éditoriale, les contenus, Instagram, la manière dont je veux développer le média. Il y avait toujours quelque chose à chercher, à décider ou à améliorer. Maintenant, place à une autre phase : écrire les articles, publier, développer Instagram, tester des formats, regarder ce qui fonctionne et recommencer. Il faut installer une routine, et je sais que ce n’est pas la partie qui m’attire le plus. Autant la regarder en face.

→ Pourquoi est-il plus facile de commencer que de continuer ?

Je me suis rendue compte que ce n’était pas nouveau chez moi. J’aime énormément les débuts de projets. Quand il faut réfléchir à une idée, chercher, apprendre et construire quelque chose qui n’existait pas encore, je peux facilement passer des heures à travailler dessus. Il y a toujours une nouvelle question à résoudre, une décision à prendre ou quelque chose à comprendre. C’est probablement ce qui rend cette période aussi stimulante pour moi.

Mais elle finit forcément par s’arrêter. À un moment, les grandes questions ont trouvé leurs réponses, le projet est suffisamment construit et il faut passer à une autre phase, beaucoup moins spectaculaire : le faire vivre.

Avec d’autres projets, j’ai déjà ressenti cette baisse de motivation lorsque la nouveauté disparaît et que le travail devient plus répétitif. Pendant longtemps, j’ai interprété cela comme un signe : celui qu’un projet n’était pas le bon, ou qu’une autre idée serait plus intéressante.

Aujourd’hui, je comprends que la difficulté vient surtout de cette partie du processus, pas du projet lui-même.

→ Pourquoi la routine nous paraît-elle parfois si peu stimulante ?

Ce que je ressens n’est évidemment pas uniquement lié à ma façon de fonctionner. La nouveauté attire naturellement notre attention et peut stimuler notre motivation et notre apprentissage. Plusieurs travaux en psychologie et en neurosciences se sont intéressés à ce phénomène et montrent notamment que les informations nouvelles ou surprenantes ont un effet particulier sur notre attention.

Cela explique en partie pourquoi le début d’un projet peut être aussi prenant. On découvre, on cherche, on apprend et on a régulièrement l’impression d’avancer parce que chaque nouvelle étape apporte quelque chose de différent.

Puis les choses deviennent familières. Le travail change de nature. On fait parfois les mêmes choses plusieurs fois sans avoir l’impression d’avoir franchi une nouvelle étape, alors que c’est justement cette répétition qui permet de progresser.

Une étude menée par Phillippa Lally et ses collègues sur la formation des habitudes a notamment montré que l’automatisation d’un comportement se construit progressivement et qu’elle varie considérablement d’une personne à l’autre. En d’autres termes, ce qui devient facile avec le temps commence généralement par être répété suffisamment longtemps.

En ce moment, je lis justement Un rien peut tout changer (Atomic Habits) de James Clear, un livre qui m’amène à réfléchir encore davantage à cette idée de répétition et à la manière dont les petites actions répétées finissent par produire de vrais changements.

La routine n’est donc pas forcément le moment où l’on arrête de progresser. Elle peut simplement être le moment où la progression devient moins visible.

Et je crois que c’est quelque chose que j’ai du mal à accepter.

 

 

→ Faut-il toujours chercher ce qu’il y a après ?

Quand je commence à m’ennuyer dans un projet, mon réflexe est assez prévisible : je cherche ce qu’il y a après. Une nouvelle idée, une nouvelle direction, une nouvelle chose à apprendre. C’est beaucoup plus agréable que de me dire que demain, je vais simplement devoir écrire un nouvel article et publier sur Instagram.

Pourtant, si je veux réellement développer Lady Vox, il va bien falloir que j’apprenne à faire cette partie-là aussi.

Les recherches sur la persévérance entrepreneuriale montrent d’ailleurs que construire une activité ne repose pas seulement sur l’envie initiale de se lancer. Il existe aussi toute une phase où il faut maintenir ses efforts et continuer à avancer alors que l’excitation du début est passée.

Cela me parle beaucoup, parce que je ne veux pas devenir quelqu’un qui a toujours une nouvelle idée mais qui ne laisse jamais suffisamment de temps à une idée pour devenir quelque chose.

Il y a aussi une nuance importante. Persévérer ne signifie pas qu’il faudrait s’accrocher à tous ses projets coûte que coûte. Savoir arrêter un projet qui ne fonctionne pas ou qui ne correspond plus à ce que l’on veut est évidemment important. Mais il y a une différence entre abandonner parce qu’un projet n’est plus le bon et abandonner parce qu’il n’est simplement plus nouveau.

De l’extérieur, les deux situations peuvent se ressembler. Pour soi, elles ne racontent pas du tout la même histoire.

→ Il faut aussi apprendre à faire durer ce que l’on a créé.

Je suis toujours plus attirée par la création que par la répétition, et je ne vais pas soudainement me mettre à aimer les routines. Mais je regarde cette étape autrement.

Pendant longtemps, j’ai associé l’évolution au fait de passer à quelque chose de nouveau : apprendre, changer, créer, puis passer à l’étape suivante. Je comprends aujourd’hui qu’on peut aussi évoluer en restant suffisamment longtemps au même endroit pour devenir meilleure.

Créer Lady Vox est une étape. Maintenant, il faut apprendre à la développer. Cela demande d’autres qualités que celles nécessaires pour la créer : de la régularité, de la patience, la capacité à observer, à ajuster et à recommencer, même lorsque la journée paraît beaucoup moins intéressante que celle où l’on a eu une grande idée.

C’est peut-être finalement le passage que je n’avais jamais vraiment réussi à franchir. Accepter que tout ne soit pas nouveau pour que quelque chose puisse réellement grandir.

Créer est une chose. Faire grandir ce que l’on a créé en est une autre.

La phrase est simple, mais elle me revient souvent en ce moment. Parce qu’un projet ne se construit pas seulement dans les moments où l’on a une idée brillante. Il se construit aussi dans les journées ordinaires, celles où l’on fait le travail prévu sans avoir l’impression de vivre une grande avancée.

Et peut-être que cette fois, au lieu de chercher immédiatement ce qu’il y a après, je vais essayer de voir ce que je peux faire de ce que j’ai déjà construit.

 

Penser autrement. Oser davantage.

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